livre amanta

Amanta, une femme androïde créée par la société Cellular pour répondre aux besoins sexuels et professionnels d’hommes importants n’a qu’une hâte, retourner à la cellule mère pour être effacée (car sa base de données mémoire est bientôt pleine)  et renaître pour servir un nouveau maître mais un accident lors de son transfert va tout bouleverser.

Extrait d’Amanta n’est pas une personne

La rivière est en crue, l’eau boueuse charrie des cadavres de poissons. Des bulles, des algues recouvrent la totalité de la surface. Des odeurs de viandes avariées, de déchets putrides, de vie organique en décomposition se mêlent aux senteurs mentholées, poivrées, rafraîchissantes du sous-bois. Un  garçon et une fillette jettent des bouts de branches qui tourbillonnent dans l’eau saumâtre et s’en vont au loin.

— Les enfants ! Maître Jean vous attend pour pique-niquer.

Une silhouette gracile, agile, s’approche des enfants. Le corps souple est fin. De longs cheveux blonds tombent sur des épaules dénudées. La petite fille jette une branche au visage de cette présence inopportune, la main leste et rapide l’attrape au vol.

— Ce n’est pas bien Julie, il ne faut pas jeter des objets sur les grandes personnes !

La voix est neutre sans relief. La petite fille recommence son geste.

— Mais tu n’es pas une grande personne, tu n’es qu’un androïde !

L’androïde attrape de nouveau, au vol, le bout de bois.

— Maître Jean ne veut pas que vous parliez d’Amanta en ces termes. Il faut venir maintenant, il vous attend.

Le petit garçon fait un clin d’œil à sa sœur.

— Tu es prête ?

Elle acquiesce. Ils se ruent ensemble au bord de la rivière menaçante, chacun s’éloignant de l’autre à bonne distance, prêts à sauter. Ils se retournent avec un air de défi et un sourire moqueur. L’androïde a fait trois pas de géant vers l’eau et se fige à mi-distance entre les deux enfants. Sa tête tourne sans arrêt d’un enfant à l’autre.

— Ne restez pas au bord de l’eau, vous êtes en danger. Ne restez pas au bord de l’eau, vous êtes en danger, ne restez…

— Elle “bug”. A chaque fois ça marche !

Les deux enfants rient aux éclats et finalement décident de rejoindre leur père. Amanta retrouve peu à peu ses fonctions, son disque dur tourne de nouveau rondement, elle repère les rires des enfants au loin dans les bois et marche dans leur direction.

*

50 ans plus tard :

La peau satinée, sans aucune imperfection, sans aucun poil, tendue, claire et d’une température idéale épouse celle, plus grossière, tachée, poilue et en sueur, d’un homme qui donne de violents coups de reins et fait tressauter le corps d’Amanta qui pousse des petits cris et griffe les draps.

— Allez ma cochonne ! Prends ça et encore ça ! Tu aimes ça ma salope !

— Oh oui ! Martin, Amanta aime être une cochonne pour Martin, Martin est un Dieu de l’amour.

Le trentenaire se retire, il ne peut détacher son regard de la croupe parfaite, de ce corps  tout en courbes douces, longues et harmonieuses. La plastique idéale d’une bimbo de vingt ans qui est peut être centenaire. Il lui caresse les fesses, il sent la peau frémir sous ses doigts, les muscles fessiers se contracter. Il effleure du bout des doigts les lèvres du sexe qui lui répondent, bouche muette qui dessine des mots. Des perles visqueuses, incolores, glissent le long des chairs et mouillent ses doigts. Il a une envie furieuse et soudaine de lui donner du plaisir, un besoin de partager tout ce qu’elle lui offre, sans retenue.

— De quoi as-tu envie Amanta ? J’aimerais te faire du bien. Allez dis-moi ce que tu veux.

— Amanta ne comprend pas cette question. Peux-tu la reformuler Martin ?

— Allez merde quoi, t’as bien une idée ! Juste un petit truc que t’aimerais que je te fasse !

— Amanta ne comprend pas ce qu’est ce petit truc qu’il faut que Martin lui fasse.

Martin s’assoit sur le lit, les jambes en tailleur, derrière sa partenaire qui se retourne et le dévisage de ses yeux d’un gris argent pailleté d’or. Il soupire, laisse tomber ses bras le long de son corps.

— C’est trop con. Je m’y perds parfois, tu es si merveilleuse, j’en oublie que tu n’es qu’un androïde, que tu ne peux pas faire de choix pour toi même. C’est frustrant parfois, putain, oui, c’est drôlement frustrant.

— Oui, Amanta comprend ce mot, le choix, le choix est un calcul de probabilités. Une fois l’objectif déterminé, le programme calcule le chemin le plus direct avec le moins de dommages prévisibles pour atteindre cet objectif.

Martin laisse son regard errer sur les seins aux sphères parfaites et aux tétons dressés qui surplombent un ventre plat s’évasant sur des hanches larges.

— Arrête Amanta, je n’aime pas quand tu parles comme ça !

Il vient se plaquer contre ce corps idéal, l’englobe entre ses jambes, serre sa partenaire tout contre lui. Il sent sa chaleur, sa poitrine ferme qui respire contre la sienne, il sent son sexe se remplir de sang, le feu qui s’embrase de nouveau dans le bas de son ventre.

— Allez montre-moi une nouveauté ma poupée, quelque chose qu’on n’a encore jamais fait !

Amanta tout en caressant le dos de l’homme blotti contre elle, laisse défiler une quantité infinie de postures sexuelles devant ses yeux. Elle attire brusquement Martin vers le lit, passe sous lui, il est à quatre pattes, elle enserre son thorax dans ses bras fins, passe une jambe entre les siennes, l’autre vient en blocage à l’extérieur et dans un élan de tout son corps, retourne son amant comme une crêpe. Il se retrouve dessous sa partenaire qui lui décroche un sourire triomphant.

— Bon sang ! Mais c’est de la lutte ça ! Ce n’est pas du sexe !

Elle s’embroche sur lui en position assise, ses genoux repliés vers sa poitrine puis se met à tourner sur elle-même à toute vitesse en s’aidant de ses pieds, de ses mains, comme une araignée recroquevillée.

— Ca s’appelle l’hélicoptère ! J’ai récupéré ces données sur le net.

— Tu m’épateras toujours !

Martin est au bord de la jouissance, il est prêt à tout lâcher, anticipe déjà son plaisir. Amanta étudie en une fraction de seconde les traits de son amant, elle sait que le moment est proche, son disque dur accélère un peu, elle est conçue pour ça, tout son programme n’a d’autre finalité que de procurer cet état d’extase ou de petite mort comme les humains aiment à le décrire. Des images de personnes prises de mort subite surgissent devant les yeux d’Amanta.

— Arhhhh ! Putain que c’est bon !

Martin a joui, Amanta sait qu’il lui faut encore rester un peu, le sexe de Martin va se rétracter, bien au chaud, lové dans son nid.

Ils s’habillent, Amanta part faire à manger dans l’immense cuisine américaine du  luxueux loft perché sur les hauteurs parisiennes à 200 m de hauteur. Martin Bruckmeker, un jeune musicien fortuné grâce à la création de musiques de films qui ont fait recette, prend Amanta par la taille.

— Les filles que je côtoie ne t’arrivent pas à la hauteur ma poupée.

Amanta frotte son derrière contre lui.

— Que veux-tu à manger pour midi ?

— Putain, ça me fait chier de devoir choisir pour bouffer.

Amanta attend. Martin soupire.

— Très bien, calcule moi le repas idéal, je ne veux pas bouffer de crudités c’est tout, j’ai les tripes en compote en ce moment.

— OK Martin, Amanta calcule.

En quelques dixièmes de secondes Amanta revoit tout ce que Martin a mangé dans la semaine en sa compagnie. Taux de : protéines, de glucides, de lipides, de vitamines, de minéraux sont déterminés, elle sait qu’il lui faut manger un peu plus de protéines, diminuer les lipides et augmenter ses doses de vitamines A, E et rajouter un peu de magnésium. Elle ouvre le frigo, analyse les différents ingrédients qui s’y trouvent et compulse des recettes correspondantes dans sa base de données.

— Est-ce que Martin aimerait manger un sauté de veau aux carottes ?

— Va pour un sauté de veau ma belle et si tu es en pénurie de carottes vient me chercher.

Amanta fixe Martin, immobile, les yeux écarquillés.

— Non, pas besoin, il y a bien assez de carottes pour le plat.

Martin hausse les épaules.

— J’aimerais que tu me donnes le compte rendu de ton travail sur ma dernière composition avant de préparer le repas.

— Très bien Martin.

Ils s’installent dans la pièce de travail de Martin. Un piano électro-acoustique, une dizaine de synthétiseurs, d’ordinateurs, encombrent la pièce sans fenêtres. Amanta allume un des ordinateurs et montre à Martin les résultats de son travail.

— J’ai transposé ta composition en Fa mineur et cette partie là en Sol dièse. En fait, il y  a un déséquilibre évident entre les huit premières mesures et les suivantes. Le rythme ternaire choisi ne me semble pas le plus approprié et la séquence de fin manque de variation, enfin…

— Stop ! Tu es en train de me dire qu’il faut que je revoie toute ma copie ? Putain, j’y ai bossé dessus plus de trois semaines ! Tu fais chier Amanta !

Amanta tente de sourire à Martin qui fait de grands gestes de bras inutiles.

— Il faut refaire Martin. Cela ne fonctionne pas.

Martin a le sang qui bout mais il est obligé d’admettre qu’Amanta a raison. Elle est d’une aide précieuse dans son travail, elle lui fait gagner tant de temps. Cette étude clinique, froide, sans pitié, de son travail a le mérite d’être juste. Il lui aurait fallu plus de trois mois d’analyse pour en arriver au même résultat. Il lui faut recommencer depuis le début. Il le sait. Il décide de changer de sujet.

—Tu veux bien me dire où tu en es ?

Amanta sait ce que cela veut dire, il lui demande le taux de remplissage de son disque dur, de son cerveau en quelque sorte.

— 78 % d’espace libre et 8 ans et 18 jours d’autonomie.

— Très bien. Je t’autorise à passer une heure de connexion sur le net d’accord ? Pas plus !

— Oui Martin, une heure, pas une de plus. Martin peut avoir confiance.

Amanta s’en va vers le coin cuisine laissant Martin sur le seuil de son studio de travail s’émerveiller de ce corps élancé et de cette démarche féline qui chaloupe devant lui.